Edito

Les temps sur durs

« Nu stiu altii cum sunt, dar eu…. »/ « Je ne sais pas comment sont les autres, mais moi… »[1], à chaque fois que je lis la presse ou que je regarde la télé et on prononce « Roumanie », cela me fait froid dans le dos.

J’aimerais bien pouvoir transmettre à tous les gens qui me posent des questions méfiantes sur mon pays à longueur de journée l’odeur des beignets à la confiture de fraises préparées par ma grand-mère pendant les vacances d’été passées à la campagne, le sentiment de liberté quand on sortait jouer avec la clé attachée à un fil autour de notre cou, le bruit de la neige sous nos pas en hiver, les petits chanteurs qui venait pour Noël interpréter des colinde[2] à notre porte, le goût de la « coliva »[3] mélangé avec les larmes des vieilles « bocitoare »[4] à chaque enterrement, les champs de coquelicots et de blé à perte de vue, le goût des prunes ou des abricots qu’on mangeaient verts quand on été enfants et impatients, l’été quand j’ai lu « Ciresarii »…

Et peut être que le temps sont durs, mais nous sommes riches de tous ces souvenirs qui n’attendent que le moindre son, odeur ou lumière pour nous envahir. Voilà pourquoi nous avons décidé de mettre en place une école roumaine à Bordeaux, pour transmettre aux enfants tous ces émotions et connaissances sur la Roumanie.

Et même si cela serait rassurant pour certains de croire que dans les « pays de l’est » il n’y a que de la pauvreté, de la misère et de l’injustice, moi je suis prête à monter sur le bâtiment le plus haut et crier que j’ai eu une enfance heureuse et que rien ni personne au monde ne pourrait changer le regard tendre que j’ai envers mon pays, malgré ses défauts et ses tares. Et je suis encore plus touchée par nos amis français qui montrent le même amour pour la Roumanie : voilà pourquoi notre association est un endroit de vérité et d’échange. Alors qu’attendez-vous ? Rejoignez-nous vite !

                                                                                           Corina AIRINEI

 


[1] La phrase d’ouverture du livre « Souvenirs d’enfance » de Ion Creange, grand écrivain roumain, dont plusieurs oeuvres sont étudié à l’école en Roumanie

[2] Chansons traditionnelles de Noël, interprétées par des groupes d’enfants qui vont de maison en maison, qui parlent de la joie de la naissance de Jésus ; en échange de leurs chansons, les enfants reçoivent de la part de chaque famille des bonbons, des gâteaux et même de l’argent

[3] La coliva est une pâtisserie traditionnelle roumaine, qui se cuisine exclusivement pour les enterrements ou les rituels mortuaires. C’est un dessert à base de blé concassé et bouilli, mélangé avec des noix, du miel, des zestes d’orange, et de la cannelle. Il est partagé pendant les repas au cours des funérailles après avoir été béni par un prêtre orthodoxe.

[4] Femmes qui pleurent aux enterrements

 

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